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Mars 2015 - Table ronde avec Jean-Claude Lapraz aux 6e Assises des technologies du numérique pour la santé

Le 6 mars 2015, Jean-Claude Lapraz a participé à la table-ronde "Nouveaux rapports de force industriels : quelle place pour les acteurs ", tenue lors des 6e Assises des technologies du numérique pour la santé : Numérique en santé, quels seront les modèles gagnants ? Une manifestation sous le Haut parrainage de Geneviève Fioraso, secrétaire d’Etat à la recherche et à l’enseignement supérieur et d’Axelle Lemaire, secrétaire d’Etat chargée du numérique.

Table ronde : Nouveaux rapports de force industriels : quelle place pour les acteurs

animée par Denis Fompeyrine, PhD, Consultant Life Sciences and Health Care animait la table ronde.

Est-on encore dans la médecine quand on est un GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) ?

Intervention de Jean-Claude Lapraz

Jean-Claude Lapraz est président et fondateur de la Société internationale de médecine endobiogénique et de physiologie intégrative SIMEPI ; ASEMIP

J’ai 45 ans de pratique quotidienne de la médecine générale, dont 8 ans dans un service de cancérologie à l’Hôpital Boucicaut (AP-HP Paris). Notre système de santé s’est focalisé essentiellement sur la maladie, mais il n’a pas placé le malade au centre de son approche.

Formé à la Faculté de Médecine de Paris, très vite dans ma pratique j’ai constaté que l’on butait sur la notion de personnalisation et sur la façon dont le malade, en tant qu’entité personnelle, réagissait face à une maladie dont il était porteur et qui avait un nom générique : cancer du sein, cancer du foie, allergie respiratoire, etc. Devant l’échappement des maladies aux traitements les plus modernes et performants, il nous a paru nécessaire de changer de paradigme : remettre le malade au centre du système, et ne plus se focaliser sur la seule maladie. Faire prendre conscience aux médecins et aux pouvoirs publics qu’il faut replacer la maladie dans le malade, celui ci étant totalement impliqué dans les modalités spécifiques d’expression de se maladie, de son évolution et de sa façon de réagir aux traitements.
Je rejoins M. Pavie dans sa réflexion sur la santé. Vient-on chercher des médicaments ou la santé ?

La vision intégrative

Aujourd’hui la clinique est totalement dévalorisée. Il faut la repenser à travers une intégration des signes, dans une vision qui repose sur un modèle original d’approche du vivant (endobiogénie) que nous avons proposé depuis une vingtaine d’années avec un groupe de médecins, et que nous développons aux États-Unis. Malheureusement, la France est assez fermée à ce type d’idées nouvelles.

- le dialogue avec le malade :
cette intégration doit se faire au plan de l’écoute, de l’examen clinique, des signes, ce que l’on ne fait plus actuellement en médecine. C’est tout le rapport du médecin au malade et ce que l’on peut obtenir du malade. Ce dialogue est capital et il est actuellement complètement laissé de côté. Or la foule d’informations que le patient nous livre est une étape capitale incontournable pour pouvoir poser un diagnostic de son état physiologique, clé indispensable à la compréhension de la physiopathologie de la maladie dont il est porteur.

- L’examen clinique :
capital pour l’établissement du diagnostic, il est hélas négligé aujourd’hui au bénéfice des machines et des outils

- Le traitement des données biologiques :
on ne fait pas de science médicale sans sciences biologiques. Les sciences biologiques vous donnent des informations, mais si vous regardez la façon dont elles sont traitées actuellement, vous vous apercevrez que nous sommes dans une désintégration totale du fait d’une absence de modèle d’intégration biologique. Il fallait aborder l’approche de la réalité biologique dans une vision intégrative originale comme celle que nous avons proposée en France il y a vingt ans déjà. Des doyens de la médecine nous ont dit d’aller faire nos preuves à l’étranger. Ce que nous avons fait. Des équipes travaillent avec nous à San Diego et publient avec nous dans des revues internationales.

Quel est l’objectif de cette recherche ?
Prenons l’exemple de la cancérologie : quand des malades sont apparemment stabilisés (scanner normal, bilan biologique normal), vous leur dites de revenir dans 3 mois, 6 mois ou dans 1 an. Hélas, tous les cancérologues ou les médecins généralistes suivent des malades qui, apparemment stabilisés, reviennent les voir trois semaines ou un mois plus tard avec des explosions de cancer dans tout le corps.

C’est devant ce constat que la biologie analytique actuelle n’était pas en mesure, entre autre, de prévoir de telles explosions que nous avons développé un système algorithmique qui permet de visualiser une autre réalité biologique que celle identifiée dans les bilans classiques.
Basé exclusivement sur les données physiologiques de la science actuelle selon un modèle basé sur le fait que le système endocrinien est le gestionnaire du métabolisme et de la vie, ce système propose une vraie intégration des données fournies par un bilan sanguin. Peu coûteux au regard des informations qu’il fournit, il permet de préciser l’état fonctionnel de l’individu et se présente comme un outil d’intégration indispensable au suivi du patient, à la prévention ainsi qu’à l’identification des effets des traitements prescrits.

Ce système algorithmique repose sur la constatation que ce qui se trouve dans le sang circulant n’est que la conséquence du métabolisme global sous contrôle du système hormonal. Il est ainsi possible de remonter en amont grâce à la connaissance des règles physiologiques qui assurent la production des substances présentes dans le flux sanguin, et donc de comprendre quelle est leur signification par rapport à la façon dont le métabolisme spécifique de l’individu gère leur synthèse et leur distribution dans l’organisme.

Alors, on voit la réalité différemment. Par exemple, une femme porteuse d’un cancer du sein pourra sembler stabilisée au regard des indicateurs classique, alors qu’un certain nombre d’indicateurs algorithmiques vous diront que dans sa globalité spécifique de femme porteuse d’un cancer du sein apparemment stabilisé il n’en est rien. Le système vous permet de voir plus en profondeur le même objet. Avec cet outil, c’est comme si vous regardiez la planète Mars à travers Hubble et non plus la lunette de Galilée.

Ces questions sont importantes dans le débat d’aujourd’hui et doivent être abordées par tous les acteurs de la Santé, car elles conditionnent notre avenir. Qu’est-ce que le diagnostic ? La prévention ? Quelle stratégie thérapeutique doit-on mettre en place ? A mon avis, il est temps de changer de paradigme en médecine.

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Affiche : Numérique en santé : quels seront les modèles gagnats