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2 avril 2015 - Table ronde avec Jean-Claude Lapraz au Colloque "Pharmacie 3.0"

Maison de l’Europe - Paris

Le 2 avril 2015, Jean-Claude Lapraz a participé à la table-ronde "Quels facteurs de transformation ? " lors du Colloque "Pharmacie 3.0" qui s’est tenu à la maison de la chimie à Paris. Cette table-ronde avait pour objet d’approfondir les questions concernant les nouveaux traitements, les nouveaux diagnostics, les nouveaux outils, les nouvelles attentes des patients, les nouveaux services internet, l’observance, les objets connectés, la gestion des données de santé et big data : Quels seront les principaux « drivers » de la transformation numérique de l’officine et de ses métiers ?

Table ronde : "Quels facteurs de transformation ? "

Modération : Olivia GRÉGOIRE, fondatrice et présidente, Olicare
Table ronde :

  • Caroline BLOCHET, présidente, Medissimo
  • Francis JUTAND, directeur scientifique, Institut Mines-Télécom, membre du
  • Conseil National du Numérique
  • Jean-Claude LAPRAZ, président et fondateur, endobiogeny.com
  • Alexis NORMAND, responsable secteur santé, Withings
  • Yannick PLÉTAN, directeur médical, Roche France"

Olivia Grégoire : Jean-Claude Lapraz, à votre avis, quels facteurs de transformation numérique faudrait-il pour aller vers une médecine personnalisée ?

Intervention de Jean-Claude Lapraz, Président fondateur de la SIMEPI

45 ans de médecine générale à Paris, dont 7 ans en cancérologie à l’hôpital Boucicaut (Clinique Chirurgicale Générale et Oncologique, Pr Reynier, AP-HP Paris) :

Si le médecin généraliste constitue l’un des principaux acteurs du système de santé par sa relation directe avec le patient, celle entre le médecin, le pharmacien et le patient constitue un trépied incontournable et doit être revalorisée.

Aujourd’hui, tout le monde s’accorde à reconnaître que la médecine butte sur ses limites, non seulement pour des raisons de défaut de communication entre les divers agents du système actuel, mais surtout parce qu’il s’est focalisé sur une vision essentiellement analytique de l’être humain et de ses maladies, et que le temps est venu de mettre en place une pensée médicale rénovée, fondée sur une approche véritablement intégrative de l’homme en lui même, et inséré sans son milieu

L’espoir qu’avait fait naître la génétique dans les années 70, et particulièrement dans le domaine en pleine explosion de la cancérologie, n’a pas débouché sur une révolution conceptuelle dans l’approche du vivant et de la compréhension de la genèse de ses maladies et de leur traitement.

Même si le développement récent de la génomique fonctionnelle a permis de mieux envisager le traitement des cancers et de faire gagner des mois de survie pour certaines formes d’entre eux, cette approche thérapeutique du traitement de la maladie dite "médecine personnalisée" se cantonne à se focaliser sur la seule tumeur sans la replacer dans ses liens physiologiques avec le malade

Certes, il est capital d’identifier les gènes activés ou inactivés à l’oeuvre dans la gestion de la dynamique de la tumeur pour pouvoir mieux cibler un traitement adapté à leur correction. Mais la machinerie génomique n’est pas en dehors de l’organisme vivant ni indépendante de ce qui le gère du niveau moléculaire, à celui cellulaire, tissulaire et global, à savoir le gestionnaire endocrinien qui assure la régulation intégrée de tous ces niveaux imbriqués.

A l’heure où l’on assiste à une montée en flèche de l’épigénétique, il est étrange de voir qu’il n’existe pas de courant de recherche en médecine qui s’appliquerait à identifier les liens entre les systèmes et les fonctions générales physiologiques du sujet porteur des anomalies génomiques et leurs effets sur ces anomalies.
Pourtant, depuis plus de trente ans, des médecins se sont penchés sur une vision intégrative et non plus exclusivement analytique des maladies, l’endobiogénie. S’efforçant de replacer le malade au centre du système, leur réflexion les à amenés à concevoir comment établir les liens physiologiques qui unissent le noyau à la cellule, la cellule au tissu, le tissu à l’organe, l’organe aux organes et aux fonctions qui les régulent et ceux ci à la globalité de l’organisme considéré comme un tout dynamique, cohérent, organisé en systèmes interdépendants sous le contrôle général du système endocrinien.

Ils se sont appliqués à développer un outil biologique qui permet d’éclairer le fonctionnement de cette dynamique et de quantifier les relations existant entre les différents systèmes et organes.

L’un des grands problèmes de la biologie moderne c’est qu’elle est confrontée à une masse absolument considérable de données dont elle a grand mal à percevoir quelle cohérence se cache derrière elles. C’est l’ère des big data où l’on va chercher, par exemple en cancérologie, à faire apparaitre des liens entre un cancer et l’état du génome. Le problème : le malade dans sa spécificité physiologique propre n’est pas placé dans les données initiales des protocoles de recherche. Son exclusion de principe introduit un biais inéluctable dans le fondement même de cette recherche, les résultats obtenus ne peuvent donc pas correspondre à ce qu’ils dénomment "médecine personnalisée" puisque seule la tumeur et le génome ont été introduits dans les données de base, alors que le malade dans toute sa complexité et son unicité propre en a été exclus. Une médecine qui se voudrait véritablement personnalisée doit obligatoirement inclure à la fois : le malade lui-même, la tumeur elle-même, le génome lui-même, ceux ci replacés dans un modèle de gestion intégrée.

La proposition que nous faisons d’un modèle de simulation, dénommé biologie des fonctions, se fonde sur la conception que tout marqueur biologique présent dans le sang circulant (enzyme, métabolite, cellule, etc.) est le reflet et la conséquence du métabolisme général de l’organisme. L’approche intégrative de la biologie permet de remonter en amont des substances qui circulent dans le sang grâce à des algorithmes qui permettent de quantifier l’état fonctionnel des éléments qui gèrent la synthèse de ces substances.

De même que l’analyse physiologique du symptôme exprimé par le malade permet d’identifier certains des mécanismes à l’œuvre dans son corps, de même, les substances contenues dans le sang peuvent être rattachées, selon ce modèle très précis, à l’activité physiologique cellulaire et conduire à voir plus en profondeur comment l’organisme fonctionne. Le regard qu’on pose alors sur les données biologiques nouvelles fournies à partir du bilan de base change d’ordre de grandeur.

Apparait alors une nouvelle réalité, incluse mais cachée dans la prise de sang, et qui éclaire d’un regard nouveau le fonctionnement physiologique global de l’individu.
C’est ainsi que depuis plus de 25 ans, nous travaillons sur un système algorithmique en permanente évolution qui permet à des médecins, où qu’ils soient dans le monde, grâce à un outil informatique basé aux États-Unis et accessible par internet, de pouvoir évaluer à travers une simple prise de sang (d’un coût inférieur à 120 €) des éléments tels que, par exemple : la résistance à l’insuline, l’activité sérotoninergique, l’activité androgénique sans faire un dosage dans le sang de l’insuline ou de la sérotonine ou des androgènes… ou encore de quantifier le taux de fracture de la membrane cellulaire, de l’oxydation, de la DHEA, tous éléments qui ne figurent pas eux non plus dans les résultats fournis par la prise de sang.

Il est ainsi possible, grâce à un grand nombre d’algorithmes qui constituent le modèle de simulation, d’avoir accès à de nouvelles données qui vont permettre de comprendre la réponse spécifique du sujet à l’état de sa propre structure, à sa fonctionnalité, à la façon dont il répond à son environnement, aux agressions émotionnelles, telluriques, médicamenteuses, alimentaires… Et d’avoir ainsi une vision élargie de la clinique : replacer la maladie dans le sujet qui l’exprime (un malade cancéreux, un malade asthmatique) et non pas en dehors de lui (un cancer, un asthme).

Couplées aux données de la médecine génomique, celles fournies par la biologie des fonctions permettraient de mieux comprendre les raisons de la spécificité d’expression d’une même anomalie génétique générant une tumeur sur un malade particulier, alors que l’autre sujet pourtant porteur de la même anomalie ne développera pas la maladie. La spécificité des mesures à mettre en place débouchera alors sur une vraie médecine personnalisée en fonction à la fois de l’état global propre du malade et de sa structure génomique.

Qui dit médecine globale, dit intégration

Nous sommes encore à l’ère d’une médecine "désintégrée" et qui hélas ne s’est pas encore engagée sur le chemin de l’intégration.
Une véritable intégration - replacer le malade au centre du système - doit répondre à certains critères indissociables :

  • nécessité d’intégrer le discours du patient dans sa physiologie générale : tout ce qu’il exprime a une signification, non seulement d’ordre psychologique mais physiologique, et doit être placé dans un modèle intégratif du vivant pour en saisir tout le sens. Or le temps de parole "accordé" par la sécurité sociale au patient a été estimé à quelques minutes, ce qui interdit toute possibilité de synthèse. Par exemple, quand le patient aura-t-il le temps de dire au médecin qu’il rêve en couleurs aux changements de saison et pas le reste de l’année ? Or cette donnée peut fournir au médecin des informations capitales pour comprendre le niveau de fonctionnement de certains neurotransmetteurs cérébraux...
  • nécessité d’un examen clinique approfondi qui permettra de faire le lien entre les organes et les fonctions et d’évaluer la relativité des signes entre eux, et ainsi d’établir grâce à une vision intégrative un diagnostic beaucoup plus précis que celui fourni par un examen superficiel et incomplet du patient. Or l’examen clinique est réduit la plupart du temps à l’examen du seul organe malade, et cède la place aux machines qui remplacent la main, l’oeil voire le nez du médecin qui ne dispose plus que de quelques minutes accordées par la sécurité sociale (cadence oblige...). Il ne faut pourtant pas oublier que ceux ci ne sont qu’un moyen complémentaire dont les données fournies doivent être analysées, elles aussi, face à la réalité clinique du malade vu dans sa globalité.
  • nécessité d’un bilan biologique intégratif répondant à un modèle de simulation du fonctionnement du corps humain, tel que celui présenté ci-dessus (biologie des systèmes).

L’endobiogénie s’est fixée ces trois objectifs et propose aux médecins de jouer un rôle capital pour la mise en place d’une médecine véritablement personnalisée pouvant déboucher sur des traitements plus ciblés et mieux adaptés à leurs patients dans une vision de respect de l’individu et d’économie de la santé.

Traitements établis selon une stratégie rigoureuse au terme des trois étapes définies ci-dessus, et ayant recours à tous les moyens thérapeutiques à disposition du médecin : produits de synthèse, médicaments dits biologiques lorsqu’ils s’imposent, et de façon basale plantes médicinales à activité physiologique fonctionnelle évaluée par la science et la pratique clinique et choisies en fonction de critères physiopathologiques précis répondant de l’état spécifique du patient.

En savoir plus :
« La médecine personnalisée - Retrouver et garder la santé »
 par Jean-Claude Lapraz et Marie-Laure de Clermont-Tonnerre. Editions Odile Jacob