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Fevrier/Mars 2013 - Les statines sont inefficaces, selon le Dr Michel de Lorgeril

Efficacité des médicaments anti-cholestérol

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Le Dr Michel de Lorgeril, auteur des livres "Cholestérol, mensonges et propagande" ainsi que "Prévenir l’infarctus et l’AVC" était l’invité du magazine de la santé le 19 février 2013.





Nous reproduisons aussi ci-dessous l’article paru sur le site du Quotidien du médecin, le 14 mars 2013 : Statines : le Dr de Lorgeril relance la polémique


Statines : le Dr de Lorgeril relance la polémique

Le Dr Michel de Lorgeril, cardiologue et chercheur au CNRS, adresse une lettre ouverte au Pr André Grimaldi après l’intervention de ce dernier le 28 février dans le Magazine de la Santé (France 5), au cours de laquelle il défendait la nécessité de prescrire des statines aux diabétiques. Le Pr Grimaldi répondait à la controverse soulevée par le Pr Philipppe Even qui remettait en cause le rôle du cholestérol dans le développement de la maladie artérielle et donc celui des statines.

Une position critiquée par la Haute Autorité de santé, les sociétés savantes, et bon nombre de spécialistes dont le Pr Grimaldi.

Cholestérol et diabète

Dans sa lettre ouverte, le Dr de Lorgeril explique : "Je m’adresse... à vous diabétologue pour parler du cholestérol et du diabète avec confiance car je pense que vous saurez écouter avec attention et modestie un autre spécialiste de ces questions qui depuis 10 ans – avec des collègues américains, canadiens, suisses, belges, japonais, néo-zélandais et français – donne l’alerte, y compris dans des publications de haut niveau scientifique."

Il y affirme que 3 des 4 essais étudiant les effets d’un médicament faisant baisser le cholestérol chez les diabétiques sont négatifs (ASPEN, 4D et FEILD) et que le quatrième (CARDS) "souffre d’un grave problème méthodologique". Il demande "plutôt que des anathèmes qui ne consolident pas l’idée que le public et les patients se font de notre profession" , la convocation d’une "réunion d’experts libres et indépendants".

Dr L. A



NDLR : 4 mars 2013
Le Dr Michel de Lorgeril (cardiologue, CNRS), adresse cette lettre ouverte au Pr Grimaldi après son intervention le 28 février dans le Magazine de la Santé (France 5), au cours de laquelle il défendait la nécessité de prescrire des statines aux diabétiques. Pour répondre aux interrogations légitimes des patients, il y demande une réunion d’experts libres et indépendants.

Lettre ouverte du Dr Michel de Lorgeril
(cardiologue, CNRS, Grenoble)
au Pr André Grimaldi
(diabétologue, La Pitié-Salpêtrière, Paris)

Cher ami et collègue,

Dans diverses tribunes, vous vous insurgez ces jours-ci contre les écrits du Pr Philippe Even concernant le cholestérol et les statines.

Je vous sais honnête et de bonne foi ; je sais que votre principale préoccupation est la santé, la sécurité et l’avenir de vos patients ; et je vois qu’avec humilité vous ne prétendez pas déborder les limites de votre spécialité, le diabète.

Je m’adresse donc à vous diabétologue pour parler du cholestérol et du diabète avec confiance car je pense que vous saurez écouter avec attention et modestie un autre spécialiste de ces questions qui depuis dix ans – avec des collègues américains, canadiens, suisses, belges, japonais, néo-zélandais et français – donne l’alerte, y compris dans des publications de haut niveau scientifique.

Vous écrivez que les statines sont de bons médicaments pour les diabétiques et qu’il faut baisser le cholestérol de ces patients ; c’est votre droit de le penser mais c’est autre chose de le prouver sur une base scientifique solide.

Comme vous le savez, pour prouver (au sens vulgaire du terme) une théorie médicale et scientifique, il faut faire des essais cliniques avec tirage au sort et double aveugle ; il faut clairement définir une hypothèse a priori pour ne laisser aucune lace au hasard, sélectionner une population adaptée à l’
hypothèse testée – ici des diabétiques – et décrire à l’avance les procédures de l’essai (date de début et de fin de l’essai par exemple) et les tests statistiques qui permettront de vérifier cette hypothèse.

Telles sont les règles et pratiques de la bonne recherche clinique, vous le savez aussi bien que moi.

Combien d’essais cliniques obéissant à ces règles, et testant les effets d’un médicament faisant baisser le cholestérol chez des diabétiques ont été publiés à ce jour ? Quatre, et pas un de plus :
ils s’appellent CARDS, ASPEN, 4D et FIELD.

Comme vous le savez, trois de ces essais sont totalement négatifs : ASPEN, 4D et FIELD.

Le quatrième, le fameux CARDS, souffre d’un grave problème méthodologique puisqu’il a été arrêté prématurément (deux ans avant le terme calculé dans l’hypothèse a priori) en l’absence de toute justification clinique acceptable puisqu’au moment de l’arrêt, on comptait exactement 24 décès cardiaques dans le groupe recevant le placebo contre 18 dans le groupe recevant la statine. La mortalité totale – ou l’espérance de vie sur cette courte période de temps – n’était pas non plus différente d’un groupe à l’autre. Il y avait donc grande urgence à ne pas amputer, en l’interrompant (hors protocole), cet essai clinique. Je vous accorde qu’on pourrait, avec une coupable indulgence, créditer ces investigateurs – et l’atorvastatine testée –
du bénéfice du doute.

Malheureusement, les deux autres essais testant l’atorvastatine chez des diabétiques (ASPEN, 4D) sont totalement négatifs, ce qui du moins nous permet del ever le doute concernant CARDS et l’atorvastatine chez les diabétiques. En plus – et c’est une observation très en défaveur des investigateurs – ceux-ci n’ont pas déclarés leurs multiples liens d’intérêt avec des entreprises commerciales.

Vous pourriez évoquer d’autres essais cliniques où des investigateurs – peu regardants sur les principes – ont analysé a posteriori les effets d’une autre statine sur des sous-groupes de diabétiques constitués sans tirage au sort. Ces études ont une très faible valeur scientifique, vous le savez, et ne devraient même pas être évoquées quand il s’agit de la santé et de la sécurité de nos patients.

Un dernier point, cher ami, concerne justement l’effet des statines sur la survenue de nouveau diabète chez des patients jusque-là indemnes.

C’est un très grave problème de santé publique et la Food and Drug Administration (FDA) des Etats-Unis a lancé une alerte en 2012 à ce propos.
Vous n’êtes pas sans savoir que ce risque a été admis autour de 30% dans les
essais commerciaux type JUPITER et jusqu’à 70% dans les études de cohortes comme la Women Health Study. Outre l’évidente minimisation du problème par les industriels du médicament, c’est considérable – des dizaines de milliers de nouveaux diabétiques en France chaque année à cause des statines – et c’est tragique quand on mesure toutes les complications non cardiovasculaires (maladies infectieuses,déclin cognitif, dépression, pathologies rénales et oculaires ; et surtout nouveaux cancers) auxquelles sont exposés les diabétiques, du fait de leur diabète.

Le seul argument des tenants des statines chez les diabétiques, c’est de prétendre qu’il n’y a là aucun problème puisque les diabétiques seraient protégés par leurs statines ; ce qui est absolument faux pour les complications cardiovasculaires(comme indiqué ci-dessus) et évidemment aussi pour les complications non cardiovasculaires que les statines au contraire aggravent pour la plupart.

Si je comprends que vous ne puissiez du jour au lendemain admettre l’ensemble de cet argumentaire, je pense qu’il est urgent –plutôt que des anathèmes qui ne consolident pas l’idée que le public et les patients se font de notre profession – que vous convoquiez une réunion d’experts libres et indépendants afin que nous puissions discuter sereinement de l’ensemble de ces questions.

Nous ressortirions tous grandis de cette difficile période.

Dr Michel de Lorgeril, cardiologue et chercheur CNRS

(Auteur de “Dites à votre médecin que le cholestérol est innocent”, “Cholestérol,mensonges et propagande” et “Prévenir l’infarctus et l’accident vasculaire cérébral”, aux éditions Thierry Souccar.

Michel de Lorgeril n’a aucun lien avec l’industrie pharmaceutique.